C’est à l’entraîneur de comprendre ses coureurs
L’investigation d’une journaliste du Monde révèle du harcèlement chez certaines filles des groupes nationaux. Si autrefois ces choses-là ne se disaient pas, aujourd’hui la société a évolué, et ça fait mal mais c’est pour un bien, pour que cela cesse et que l’on en tire des leçons : il faut que ça change ! Comment ? Dès leur formation initiale tous les entraîneurs doivent être formés à ce sujet, c’est aujourd’hui déjà le cas. L’acquisition du savoir-être est encore une fois questionnée.
Le ski est un jeu, il procure du plaisir, s’entraîner demande un investissement important du coureur. S’il est prêt à abattre beaucoup d’obstacles, il y en a un complétement improbable que l’asymétrie relationnelle rend intouchable. Car enfin, n’est-ce pas paradoxal de se faire harceler par un éducateur ? Faire grandir des jeunes plongés dans un environnement délétère, c’est mission impossible ! Faire réussir des jeunes dans de telles conditions c’est bloquer leur progression, foncer dans le mur ! La relation entraîneur-coureur doit produire une confiance réciproque.
Que le harcèlement soit réel ou ressenti, les conséquences sont les même : c’est à l’entraîneur de comprendre ses coureurs. Seigfried Mazet : « En tant qu’entraîneur tu dois apprendre à comprendre les gens. J’ai toujours fonctionné comme ça et je fonctionnerai toujours comme ça. Apprendre à connaître les gens, savoir que toutes les compétences sont dans un groupe et qu’il faut les faire émerger et les faire partager » (Ski Chrono 20/03/25). Le harcèlement volontaire est impardonnable, un harcèlement involontaire n’est-il pas une faute ? L’entraîneur parfait n’existe pas, « dans tous les domaines de la vie « un homme doit s’empêcher », autrement dit, il doit parfois se faire violence pour sortir de son comportement spontané, garder la maîtrise de soi, et voir l’effet de ses actes et paroles auprès de ses interlocuteurs.
Affirmons-le encore, l’AFESA s’inscrit résolument contre toute forme de harcèlement. Toute personne témoin doit dénoncer ces faits. L’association « Colosse aux pieds d’argile » est très qualifiée pour qui veut, non seulement sensibiliser, mais surtout donner des pistes de travail pour intervenir (prévention, prise en charge, formation…).
Venons-en au cas concret du groupe incriminé. Les quatre filles qui se sont exprimées étaient rattachées au groupe coupe du monde. Ont-elles été traitées différemment ? Sans aucun doute ! Elles ne partaient pas avec les mêmes séries de dossards, elles n’avaient pas une grosse expérience de ce niveau qui est généralement une marche difficile à franchir, même pour celles qui avaient obtenu de brillants classements aux championnats du monde junior. Plus jeunes, et donc peut-être plus fragiles psychologiquement, elles ont pu être surprises et déstabilisées par l’ambiance existante dans ce groupe où l’entraîneur principal était réputé avoir un langage ferme et porteur d’une grande exigence. Cette exigence louée par les aînées comme favorable aux progrès a dépassé un seuil de sensibilité plus bas chez cette nouvelle génération. Désemparées, n’ont-elles pas osé parler de leur mal être auprès de lui, des autres entraîneurs, des préparateurs et des techniciens, ni même des autres filles ? Et pourtant, certains savaient : le service médical de la FFS, une fille (plus ancienne) du groupe et un cadre ont témoigné. Le « système » n’a pas répondu… Ce « système » n’est-il pas aussi à l’origine de la composition hétérogène du groupe, et d’autres faits inconnus du public ? Débutantes en coupe du monde, jeunes, leur particularité n’a pas été prise en compte, elles n’ont pas été accompagnées ni soutenues comme elles le devaient.
Mieux vaut tard que jamais, mais c’est une nouvelle déflagration : après la révélation de cas d’agressions sexuelles chez des jeunes filles, voici une déclaration de harcèlement moral qui jette un froid. Le surplomb masculin, la misogynie, ne sont jamais loin. Le ski n’échappe pas aux travers de la société ! Ces travers qu’il faut combattre par la formation professionnelle, par l’éducation des garçons, par l’ouverture aux filles du métier d’entraîneur – pas une simple ouverture de principe qui existe déjà, mais par une dynamique volontaire de tout le « système » pour le mettre en œuvre !



